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Nous sommes à une époque où le fait de ne pas pouvoir comprendre
un spectacle nous retient d’aller le voir (« tu crois que je vais comprendre ?
Le théâtre, la danse, la musique, c’est pour ceux qui savent »). Triste
époque. Faut-il alors te donner, Ô spectateur, ce que tu demandes (comme l’a
suggéré un haut responsable politique) ? Non !
Répondre à la peur de ne pas comprendre par une programmation où il n’y a rien à comprendre, sinon le divertissement copié collé de l’audiovisuel ? Non !
Encourager la consommation culturelle ? Non !
Où seraient la curiosité, l’intérêt, le débat, le questionnement sur notre monde ? Quand tout est fait aujourd’hui (triste époque) pour décourager ou récupérer les artistes qui sortent des sentiers battus, quand tout pousse les compagnies indépendantes vers la sortie, quand tout (formations, actions artistiques, travail sur les territoires) est fait pour encadrer, limiter, restreindre en France ce foisonnement créatif unique au monde, quant tout est fait pour te convaincre, Ô spectateur, de ne pas sortir de devant ta télé parce que l’ « Art » n’est pas fait pour toi si tu n’as pas les clefs, il faut dire non. Non à la pensée unique, non au formatage des esprits, non à la labellisation idéologique des esprits (et qu’on m’enferme, me torture comme en Syrie, en Lybie, en Chine). Quand l’Etat se désengage de la culture il est bon de résister et de dire non. Et s’il n’était pas nécessaire de comprendre? Et s’il était nécessaire de ne pas comprendre?
Le raisonnable est l’appauvrissement de l’intuition disait un je ne sais qui. Le ressenti est d’abord ce qui compte. Visiter une expo n’est pas la garantie que toutes les oeuvres vont me toucher (j’emprunte la formule à un élu). Ma fille disait, à 6 ans, à la sortie d’une expo Van Gogh : « il nous prend pour des c... Il peint des fleurs et, dessous, il écrit pot de fleurs! ».
Comprendre, compris, comme prendre avec. Avec ce que je suis, ce que je vis, ce qui me touche, ce qui m’agresse, me transporte, me fait rire ou pleurer. Je suis heureux d’avoir pleuré à ce spectacle. Paradoxe? Non ! Echange, réponse à l’oeuvre proposée, action, remue ménage intérieur...
Le spectacle vivant, voilà ce que je vous propose. Le spectacle vivant de proximité qui vous surprendra, vous transportera, vous provoquera. Vous le rejetterez violemment, vous l’accepterez passionnément et entre ces deux extrêmes spontanés toute une gamme de sensations, de palpations, de caresses ou de violences, d’amour, de sensualité. Non?
Nous aurons alors, vous et moi, les artistes, techniciens, administratifs du spectacle vivant qui travaillons, passons, jouons dans ce théâtre, atteint notre but : ensemble partager. Un moment, une émotion, un regard, une séduction, une colère, un doute, un plaisir, un regret. Alors seulement, il sera temps de comprendre. Ou d’oublier. Non ! De revenir.
Cette saison, an 3 de notre projet de partage artistique avec nombre de créateurs, nous vous proposons de vivre avec nous des moments privilégiés, des tranches de vie, des ouvertures. Des artistes invitent : la compagnie Lullaby en danse contemporaine et sa programmation sur 9 soirées (octobre 08); les Allers Retours de Olivier Gerbeaud en chanson, laboratoire de travail ouvert de midi à minuit, repas, rencontres, ateliers où vous êtes invités à partager des moments d’intimité du travail artistique ou technique (décembre 08 et mai 09) Myriam Eckert, jeune artiste au discours flamboyant d’engagement, qui propose des soirées différentes autour de son spectacle (janvier 09). Et tous ceux, artistes en résidence, en représentation, qui ont accepté l’invitation et prendront avec le Tem tous les risques (artistiques, financiers car nous vivons en partie du partage des recettes). Pardon pour tous ceux qui sont venus avec un projet et auxquels je n’ai pas pu répondre favorablement.
C’est avec plaisir que j’associe dans notre travail professionnel l’ensemble des ateliers amateurs qui seront réunis ici, et dans des villages du département, dans le festival « Le mois de la Théâtrerie », en mai, juin et début juillet 2009 (plus de 600 comédiens amateurs sur le plateau).
C’est à cette effervescence que je vous convie. Venez,
prenez, donnez ! Vous aurez bien le temps pour
comprendre. Si le spectacle est vivant c’est parce
que vous faites la vie de la création.

Jean-Claude Parent